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Toi, jeune garçon assis au restaurant avec ton père et ton frère cadet. Tes beaux yeux bleus m’observaient avec insistance. Avais-je un morceau de salade accroché sur le bout de mon nez? Non, pourtant. Ton papa a aussi embarqué dans cette séance de fixation intense et indiscrète. À un moment, tu as regardé ton père et tu as fais ce geste avec tes deux doigts en étirant tes paupières. Et oui, je suis asiatique-aux-yeux-bridés. Je t’aurais peut-être tiré la langue pour te faire sourire si j’avais senti que c’était de la curiosité. Mais je me sentais comme une bête de scène.

Toi, Québécois, Canadien blanc. Tu n’as jamais eu à avoir ce regard en grandissant. En entrant dans un endroit public et en sachant que tu seras le point de mire. J’ai grandi dans cette région hors de Montréal, où il y avait seulement deux Asiatiques à l’école : mon frère et moi. Le regard des autres n’est pas toujours méchant. La plupart du temps, c’est de la curiosité devant une personne de nationalité différente. Mais tout au long de notre vie, on nous rappelle cette différence alors qu’on est pourtant fait du même matériel biologique. La réalité, c’est que les années passent et notre société reste bien souvent intolérante face à la différence de religion, de nationalité, d’orientation sexuelle.

Mais je vois sous mes yeux une mini évolution.

Toi et toi. Mes deux enfants. Je suis bien heureuse que vous grandissiez aux côtés d’amis d’origine indienne, philippine, québécoise, haïtienne ou anglophone. Vous grandissez en ne voyant pas cette différence que les adultes, eux, voient depuis toujours. Pour vous, la peau basanée de Laureen, l’accent français de Maïa ou les cheveux crépus de Malek ne sont pas des différences, c’est normal! La peau et l’accent peuvent prendre toutes les couleurs. Et c’est justement comme ça qu’on devrait voir le monde : en le coloriant de toutes les couleurs possibles!

 

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